L’effroyable collection de Luc Bellier — Le Journal des Arts
Article sur « Cape Fear », exposition de la collection privée de Luc Bellier à la galerie Prisme. Par Alexia Lanta Maestrati dans Le Journal des Arts

Retranscription de l’article
Le marchand se défait d’une trentaine d’œuvres de sa collection de toutes époques et styles confondus constituée sur le thème de la peur.
GALERIE
Paris. À Saint-Germain-des-Prés, rue de Grenelle, la galerie Prisme, fondée en 2017 par Pierre Lorquin, le fils du propriétaire du Musée Maillol, est une « galerie de galerie », qui accueille pour chaque exposition des marchands. Le jeune galeriste s’est associé au collectionneur et marchand Luc Bellier pour cette fois proposer à la vente une partie de sa collection.
« La peur, je la ressens, c’est quelque chose qui m’est propre, je ne suis pas le seul à la ressentir, je suis un de ceux qui l’a le plus éprouvée », explique Luc Bellier, qui a commencé à collectionner des œuvres inspirées par ce sentiment dans les années 1980.
Vincent Desiderio, Study for a Hero’s Life, 1989, huile et technique mixte sur papier, 190,5 × 201 cm.
« Véritable cabinet de curiosité de la peur, ce sentiment “propre du vivant” y est décliné sous plusieurs formes »
Mélangeant les époques moderne, classique et contemporaine, l’exposition « Cape Fear » est audacieuse. « Ce ne sont pas les fleurs de Warhol », s’amuse à dire le marchand pour qui ses achats reposent d’abord sur l’instinct, tel que le dessin de 1921 d’Otto Dix (220 000 euros), artiste que l’on voit peu sur le marché, où l’Allemand se met en scène, l’air sévère, entouré de prostituées, de squelettes et d’éléments de la ville, cette métropole étouffante rappelant celle du cinéaste Fritz Lang.
Véritable cabinet de curiosité de la peur, ce sentiment « propre du vivant » y est décliné sous plusieurs formes : de l’effroi avec la grande toile de Vincent Desiderio (illustration), toute première acquisition, montrant une scène caravagesque d’un homme sur le point d’être immolé ; ou de la stupeur dans le regard d’un autoportrait de Rembrandt (une petite gravure, 40 000 €).
Ce sont également des thèmes partagés à travers les époques, comme la peur de mourir, qui se retrouve dans les vanités présentées à l’instar du médaillon en argent Vanitas Medal de Jan de Vos ou dans la vidéo de l’artiste contemporain Paul Pfeiffer, Goethe’s Message to the New Negroes #1 (70 000 €), véritable course contre la mort.
Alexia Lanta Maestrati
CAPE FEAR, du 20 novembre 2018 au 12 janvier 2019, Prisme, 39 rue de Grenelle, 75007 Paris.
