Biographie de Luc Bellier

Portrait de Luc Bellier, marchand, expert et conseiller sur le marché de l'art international à Paris.

Biographie de Luc Bellier. Conseiller sur le marché de l’art international pour l’art patrimonial moderne et collectionneur.

Luc Bellier appartient à une lignée parisienne active sur le marché de l’art depuis 1920, qui a occupé une place prépondérante jusqu’à aujourd’hui : des ventes historiques menées par Alphonse Bellier, considéré comme le roi des enchères lorsque Paris était la capitale mondiale des échanges d’œuvres d’art, jusqu’à l’importante collection d’art tribal réunie par Jean-Claude Bellier, une des trois plus importantes au monde dans les années 60, cette tradition familiale a profondément marqué plusieurs générations d’amateurs et de collectionneurs. 

Luc développa très tôt une perception intuitive, porté par un tempérament mélancolique et une hypersensibilité marquée, qui façonna son expérience humaine et son rapport aux arts dans leur grande diversité. Dès l’adolescence, fort de sa passion pour le cinéma, il a eu la conviction que sa voie serait la réalisation et la production de films. C’est ainsi qu’à 18 ans, en lieu et place d’études en faculté, il travailla trois mois sur le tournage d’une production télévisuelle.

Après quoi, il eut le privilège insigne d’être le bras droit du légendaire Jacques Tati, ami de la famille, pour trois autres mois. À l’époque du seul usage de la pellicule celluloïd, il participa avec Sophie, fille de Jacques, et monteuse chevronnée, à cette activité romantique de coupage et collage des chutes de film pour parachever la production finale. Dans le même temps, alors que la Cinémathèque était sous la tutelle d’Henri Langlois au Trocadéro, et que les salles d’art et d’essai étaient bien plus nombreuses qu’aujourd’hui, il voyait régulièrement trois films par jour, dans la plus vaste diversité, tant géographique que d’époques.

La galerie Tendances

Après son service militaire en Allemagne, dont six mois à l’hôpital de Trèves, il collabora avec des maisons de production et sociétés d’effets spéciaux dont les machines, aux coûts pharaoniques, sont bien moins performantes qu’un ordinateur courant. Entre deux tournages, il saisit l’opportunité offerte par une amie de l’assister au sein de la galerie Tendances, rue Quincampoix. En dépit de sa filiation, sa connaissance des beaux-arts et de leur histoire était pour le moins négligeable. Cependant, son tempérament et sa culture cinéphilique lui donnèrent très vite la capacité d’appréhender l’alchimie à l’oeuvre dans le fait artistique.

Pour la galerie Tendances, il s’agissait de préparer une exposition consacrée à l’artiste autrichien Friedensreich Hundertwasser, qui avait agréé de confier sept superbes tableaux dans le droit prolongement de Gustav Klimt. Hundertwasser était un homme extrêmement cordial, mais également précis et exigeant ayant laissé une forte impression sur le jeune Bellier. Cette exposition, rare, fut couronnée de succès et l’une des expériences les plus gratifiantes pour lui. Hundertwasser avait été très favorablement impressionné par les œuvres d’art informel, spécialité de la galerie, en particulier de Jean Fautrier et d’Otto Wols. L’opportunité se fit aussi jour de présenter les dessins de guerre d’Otto Dix, artiste si unique dont Luc Bellier allait devenir un spécialiste les années suivantes pour vendre nombre de ses œuvres les plus importantes.

La galerie Quai Voltaire

Pour l’ouverture d’une nouvelle galerie Bellier quai Voltaire en 1988, face au Louvre, Luc en fut nommé directeur et organisa les expositions Édouard Vuillard, Chemins de la création et surtout Polyptyques et Paravents, qui rassemblait en plusieurs parties l’art d’Extrême-Orient, des ivoires et tableaux renaissants, les avant-gardes modernes de la fin du XIXe et du XXe siècle, et quantité d’œuvres, d’artistes si célèbres aujourd’hui tels que Gerhard Richter, Helen Frankenthaler et Joan Mitchell. La coïncidence voulut que dans le même temps, juste en face de la galerie, le Louvre organisa lui aussi une exposition Polyptyques, sous la direction de l’éminent Michel Laclotte. Du fait de la bulle spéculative de 1990, et ses effets dévastateurs sur l’économie, ce fut la dernière collaboration de Luc Bellier avec son père, avant qu’il ne trace sa propre voie.

La galerie de la rue de l’Élysée

Eau-forte de Rembrandt, Autoportrait effaré (1630), conservée au Nationalmuseum de Stockholm. Gros plan sur le visage expressif de l'artiste aux yeux écarquillés.
Rembrandt Harmensz. van Rijn: Autoportrait effaré, 1630
NMG B 26/1977, eau-forte et pointe sèche.

Quelques années plus tard, il se positionne volontairement à l’écart des courants dominants et construit dans ses expositions des dialogues inattendus entre les époques et les média, telle la mise en regard d’une gravure emblématique de Rembrandt avec une installation de Bill Viola.

Dans sa galerie de la rue de l’Élysée, si unique par son architecture londonienne, il organise la seule exposition de tableaux, aquarelles et pastels jamais présentée en France et dédiée à Edvard Munch. Puis suivirent d’importantes rétrospectives Vuillard, Picasso, dont il a vendu quantité d’œuvres majeures, ainsi qu’une exceptionnelle sélection de tirages vintage de Jacques Henri Lartigue. Sa dernière exposition thématique, From Berlin to London, établissait un lien très remarqué entre Grosz, Dix, Beckmann, Nolde et l’École de Londres de Bacon, Freud, Auerbach.

Dès avant la rue de l’Élysée, Luc Bellier a collaboré avec les plus grandes institutions et collectionneurs internationaux, notamment pour le chef d’œuvre d’Edvard Munch acquis par l’Art Institute de Chicago, et vendu le plus important tableau d’Otto Dix de la Neue Galerie, comme l’a qualifié Ronald S. Lauder lui-même, fondateur du musée. Ainsi, au fil des années et jusqu’à aujourd’hui, son nom est associé aux opérations les plus significatives du marché de l’art moderne, auprès de collections privées et publiques de premier plan. 

Les donations par Luc Bellier

Parallèlement à son activité de marchand d’art, il demeure très attaché à la transmission du patrimoine. Au fil des années, il enrichit plusieurs institutions par d’importantes donations, notamment le Centre Pompidou, qui reçut soixante-six œuvres, ainsi que le Musée d’Orsay, le Musée Picasso, l’Institut National d’Histoire de l’Art et le Musée national de la céramique de Sèvres.

La collection actuelle

Aujourd’hui, il n’opère plus en galerie et poursuit son activité comme conseiller et marchand. Sa collection, composée de près de trois cents œuvres, rassemble notamment des travaux de Richard Avedon, Vincent Desiderio, Julie Mehretu, Jim Campbell, Kori Newkirk, Pope.L, Paul Pfeiffer, Sharon Ya’ari, Tabaimo, mais aussi du Design, de l’Art Nouveau au contemporain, ainsi que les arts du Japon, Khmer et tribal. Cet ensemble hétéroclite obéit néanmoins à l’exigence et cohérence d’un regard singulier, au delà du médium ou l’époque dont il procède. Son intérêt très personnel pour les artistes vivants se fonde toutefois sur la réserve et le constat que les initiatives pléthoriques, l’intempérance qui les gouverne, tendent trop à égarer vers des appréciations incertaines et fluctuations toujours plus cycliques. 

Kori Newkirk, Helix (fire escape), 2006. Sculpture transparente suspendue imitant une échelle d'incendie urbaine, exposée dans un espace de galerie au Centre Pompidou
Kori Newkirk, Helix (fire escape), 2006 – donation MNAM/Centre Pompidou, 2023