Édouard Vuillard : L’extrême volupté du silence — Le Figaro — Bellier Art
Présentation par Le Figaro d’exposition Édouard Vuillard Galerie Bellier, un ensemble de cinquante peintures et pastels retraçant l’œuvre de l’artiste

Retranscription de l’article
LE FIGARO VUILLARD, L’EXTRÊME VOLUPTÉ DU SILENCE
L’année 2003 fut celle d’Édouard Vuillard (1868-1940). De Washington à Paris, Londres et Montréal, la publication du catalogue critique par Guy Cogeval a rendu un hommage nécessaire à celui qui traversa la peinture nabis. La galerie Bellier, par cette exposition d’une cinquantaine de toiles et de pastels issus de collections particulières, invite le spectateur à une aspiration douce vers des instants de vie intime. Redécouvrir Vuillard, à une époque saturée de pseudo-innovations, est un rappel de la lucidité, de la réflexion, de la probité et du calme comme vertus essentielles de la peinture.
Si Vuillard témoigne de son temps, il occupe une place singulière dans l’histoire de l’art. Ses œuvres ne sont pas de simples témoignages de la bourgeoisie, mais des condensés de vie. Du Lapin de garenne aux portraits de Madame Juliette Weil et ses enfants, l’artiste déploie des intérieurs bourgeois où la nature luxuriante côtoie l’ombre. Compagnon de l’aventure nabis, proche de Bonnard, Vuillard cultive une intimité de vieux célibataire à mitaines, observant depuis son appartement de la place Vintimille les mutations d’un Paris qui lui échappe.
Sous l’influence de l’école de Pont-Aven et des estampes japonaises, Vuillard s’affirme comme un coloriste sûr de ses valeurs. Il simplifie les formes et met en page son génie avec une audace tranquille. Il fréquente les esprits de son temps — Fénéon, Mallarmé, Léon Blum, Gide, Mirbeau — tout en conservant une réserve naturelle. Sa vie entière est marquée par une dévotion respectueuse envers sa mère, dont le quotidien — le soin des fleurs, les tisanes, les heures silencieuses — imprègne son esthétique.
Le raffinement sensuel de sa peinture remplace la description instantanée. À l’instar de l’écriture proustienne, Vuillard libère les choses de leur prison pour les hisser jusqu’à nous. La peinture devient alors une manière de tisser le temps, une recherche du temps perdu.
